Qu’avons-nous appris lors de ce grand raout ? Sur le fond, rien de ce que la presse nous avait déjà livré comme indiscrétions et ce que le comité de direction avait bien voulu divulguer depuis l’arrivée du nouveau DG. La stratégie du groupe vue par M. Provost se résume simplement : austérité pour ceux qui créent la richesse et prospérité pour l’actionnariat. La prospérité se concrétise par la promesse d’un dividende par action a minima identique à celui versé pour l’exercice 2025. L’austérité, elle, prend la forme d’une réduction tous azimuts des frais. Le ticket d’entrée en ingénierie, la diversité, le nombre de pièces, l’énergie, la distribution, la production et, sans oublier, les salaires seront mis à contribution pour atteindre des objectifs financiers somme toute peu ambitieux : 5 à 7 % de MOP et un free cash flow de 1,5 milliard d’euros. Ces annonces nous rappellent celles du premier volet du plan Renaulution, qui se solda par la suppression de 1 500 emplois dans le seul secteur de l’ingénierie tertiaire en France. Il ne faut pas oublier que le dernier plan stratégique, qui "sauva le groupe", aura coûté, au global, la suppression de 77 000 emplois dans le monde, dont 7 100 rien qu’en France.
Comment va-t-il s’y prendre pour mener à bien ce plan d’austérité ? La réduction de la masse salariale par le truchement de départs plus ou moins volontaires n’a pas été proprement abordée. Mais M. Provost, en répondant à une question d’un journaliste espagnol, n’hésite pas à enjoindre les « partenaires sociaux espagnols à très vite trouver un accord » s’ils souhaitent continuer à construire des voitures Renault. Une vieille recette du chantage à l’emploi, dont M. Charvet raffole. Le corollaire à la réduction des effectifs ou au chantage est que ceux qui restent sont beaucoup moins motivés et voient leur charge de travail s’intensifier. M. Provost et l’ensemble du comité de direction ont la solution : l’intelligence artificielle sauvera le groupe. Elle a été invoquée pour tout. Les gains de productivité ? L’IA. La réduction des plannings ? L’IA. La résilience de la chaîne logistique ? L’IA. La distribution ? L’IA. Un coût de production de -400 € ? L’IA. Baisser le ticket d’entrée en ingénierie de 40 % ? L’IA. Un problème de main-d’œuvre ? 350 robots humanoïdes. Mais est-ce que l’IA sauvera le genre humain ? Dans leurs bouches, ce n’est pas certain.
Avec ce plan stratégique, M. Provost démontre fort bien cet aphorisme professionnel : « Tout bon acheteur possède une calculatrice avec que des touches moins. »
Lorsque le sujet de la préférence européenne pour le secteur automobile est abordé, M. Provost réaffirme son souhait que les frontières commerciales restent ouvertes.
M. Provost ambitionne un plan stratégique qui amène le groupe au même niveau de coût de production que nos concurrents chinois, soit -40 %. Le rapport « L’industrie européenne face au rouleau compresseur chinois » nous instruit qu’un tel écart ne peut être compensé à court terme par la seule montée en gamme, l’innovation ou les gains de productivité, mais demande un changement de paradigme. Les options qui se présentent à nous supposent la construction préalable d’un échange et d’un rapport de force crédible avec la Chine, fondé notamment sur la capacité de l’Union à conditionner l’accès à son marché intérieur. Persister dans cette stratégie nous conduira inexorablement vers un démantèlement de la partie française du groupe.
FutureReady a-t-il convaincu les investisseurs et les banquiers ? À en juger par la performance de l’action, nous pouvons en douter. À l’ouverture de la Bourse de Paris et du meeting, les investisseurs sont optimistes. Après trois heures de la prestation de M. Provost, cet optimisme s’est envolé, alors que les autres entreprises côtées connaissaient de belle progressions.
Ce qui nous amène à la forme. Si M. Provost excelle dans son rôle d’acheteur hyper-rationnel, il n’a pas su endosser le costume de bonimenteur de M. De Meo. La présentation des concept-cars, préfigurant pourtant l’avenir de notre gamme produit, a été expédiée. Dans le contexte d’une industrie automobile européenne au bord du gouffre, il aurait été de bon ton de mettre un peu plus d’entrain dans la présentation de nos futurs produits, de nous faire rêver à un avenir radieux. Mais M. Provost n’a jamais su sortir de son costume gris austère, allant même jusqu’à nous faire douter de sa conviction dans les futurs produits. Sans tomber dans la grandiloquence de la présentation de la Twingo, j’aurais aimé rêver de belles voitures.